Recettes  

Manger malgré la radio et la chimio

Un diagnostic de cancer. Des traitements qui entraînent de multiples effets secondaires. Et un besoin vital : manger. Mais comment?

Si l'on se fie aux données actuelles, 40 % des femmes et 45 % des hommes au Canada seront atteints d'un cancer au cours de leur vie. Bon nombre d'entre eux devront affronter des jours, des semaines, des mois, voire des années de chimio et/ou de radiothérapie.

Composer avec les effets secondaires

Les effets secondaires de ces traitements sont pratiquement incontournables et peuvent survenir à tout moment à des degrés variables; certains seront passagers, d'autres permanents. Malgré une rumeur assez répandue, leur présence ou leur absence ne signifie en rien que le traitement fonctionne ou pas.

Plusieurs effets secondaires de la radio et de la chimio – comme on les appelle communément — influent sur l'alimentation : fatigue, perte d'appétit et de poids, difficulté à avaler, altérations du goût et de l'odorat, nausées et vomissements, sécheresse de la bouche et de la gorge, salive épaisse, ulcères, diarrhée, constipation, brûlures d'estomac et reflux, aversions alimentaires… À toute cette nomenclature, il faut ajouter les effets liés aux médicaments, à une chirurgie, au manque d'exercice, au stress et à l'anxiété face au cancer, parfois même à la dépression. Autant de conditions qui menacent l'état nutritionnel des personnes atteintes.

Le nutritionniste Daniel Lavoie se spécialise depuis plus de dix ans en radio-oncologie au CHUM-Hôpital Notre-Dame, principalement auprès des personnes atteintes de cancers qui affectent la bouche, la gorge et le cou. « Ce sont les endroits par où l'on mange, parle et respire, rien de moins ! », explique-t-il. « Une personne qui mange normalement avale entre 2000 et 3000 fois par jour. Quand elle reçoit de la radiothérapie et qu'elle a mal chaque fois qu'elle déglutit, le corps finit par envoyer un message pour se protéger contre la douleur : arrête de manger… »

Les calories, essentielles à la vie

Chimiothérapie
Traitement du cancer au moyen de médicaments dont les effets se répandent dans tout le corps. Se donne par la bouche (comprimé, liquide ou gélule) ou par injection.

Radiothérapie
Traitement du cancer au moyen de rayonnements (rayons X, rayons gamma, électrons) pour détruire les cellules cancéreuses de la partie du corps qui est atteinte.

Or, le corps humain carbure aux calories. Ce sont elles qui fournissent l'énergie nécessaire pour assurer les fonctions vitales de l'organisme, comme la respiration, les mouvements, la digestion, etc. Lorsque le corps subit un stress et doit faire face à la maladie, ses besoins en énergie sont encore plus importants qu'à l'ordinaire. D'où la nécessité de le nourrir le mieux possible. Mais pour les personnes atteintes de cancer, l'état nutritionnel finit par subir le contrecoup d'une alimentation insuffisante. Une cascade d'événements s'ensuit : perte de poids, fatigue accrue, déficience du système immunitaire, moins bonne résistance aux effets secondaires des traitements et atteinte de la qualité de vie.

Chose encore surprenante pour Daniel Lavoie, on ne peut jamais prévoir comment une personne réagira aux traitements. Certains individus plutôt costauds perdront beaucoup de force, d'autres, plus chétifs, feront preuve d'une endurance surprenante. Chaque cas étant unique, il faut suivre l'évolution au jour le jour, souvent d'heure en heure, en s'accrochant aux petites victoires.

Manger, en période de chimio, on veut bien. Mais comment y parvenir dans des conditions aussi difficiles ? La nutritionniste Caroline Tran, spécialisée en oncologie au CHUM-Hôpital Notre-Dame, est catégorique : il faut voir l'alimentation comme une partie intégrante du traitement contre le cancer. « Recevoir de la chimio, ce n'est agréable pour personne et, pourtant, il faut passer par là. De la même façon, manger s'avère souvent difficile, mais il faut nourrir son corps pour affronter la maladie. »

La priorité aux protéines

Les protéines sont essentielles pour le système immunitaire, pour la régénérescence et la guérison des tissus. Elles aident aussi à protéger le corps contre les infections et à retrouver ses forces. Commencez le plus souvent possible vos repas et vos collations avec des aliments riches en protéines.

Pour augmenter la teneur en protéines de vos repas et collations

  • Ajoutez ceci: Fromage râpé (pasteurisé)... à cela... Soupes, pommes de terre en purée, légumes, sauces, pains de viande, plats en cocotte, pains
  • Ajoutez ceci: Lait entier... à cela... Céréales chaudes, soupes, plats en cocotte, chocolat chaud (au lieu d'eau)
  • Ajoutez ceci: Poudre de lait écrémé : 2 à 4 c. à soupe pour chaque 250 ml/1 tasse d'aliments liquides ou semi-solides... à cela... Lait ou boissons au lait, purée de pommes de terre, gruau, crème de blé, potages, sauces, pains de viande, pains, muffins, crèmes-dessert, flans, yogourt
  • Ajoutez ceci: Tofu... à cela... Soupes, plats en cocotte, plats sautés
  • Ajoutez ceci: Beurre d'arachides ou beurre de noix... à cela... Tranches de fruits, rôties, muffins, craquelins, crème glacée, laits frappés
  • Ajoutez ceci: Noix et graines... à cela... Plats en cocotte, pains gâteaux, muffins, biscuits, salades, coupes glacées (« sundaes »)
  • Ajoutez ceci: Morceaux de viande, de volaille ou de poisson hachés... à cela... Salades, soupes, œufs brouillés, quiches, pommes de terre au four, pâtes
  • Ajoutez ceci: Oeufs durs... à cela... Salades, sandwichs, légumes, pommes de terre
  • Ajoutez ceci: Légumineuses, lentilles... à cela... Salades, trempettes, soupes, pâtes, riz, plats en cocotte

Vous avez perdu l'appétit (et des kilos)

La perte d'appétit est très fréquente. La peur, le stress, la fatigue, les traitements et les médicaments narcotiques qui ralentissent la digestion sont autant de facteurs qui influent sur l'appétit.

Essayez de vous nourrir…

  • En fragmentant la journée en plusieurs petits repas et collations.
  • En vous faisant plaisir avec un aliment dont vous avez envie, même s'il ne fait pas partie du guide alimentaire !
  • En optant pour des liquides qui vous hydratent et qui vous apportent des calories : jus de fruits ou de légumes, lait fouetté, barbotine (slush), boisson gazeuse, sucettes glacées, gélatine aromatisée (jello), limonade, thé glacé sucré, crème glacée, soupe, potage à la crème.
  • En vous forçant un peu pour avaler quelque chose malgré tout.
  • En allant prendre un peu d'air frais pour vous ouvrir l'appétit.
  • En buvant un supplément nutritionnel complet (ex. Boost, Ensure). Une boîte fournit 25 % des besoins quotidiens en vitamines et minéraux, deux boîtes 50 %, ainsi de suite. Un bon coup de pouce difficile à égaler avec une préparation maison.

Tout a mauvais goût

Plusieurs personnes découvrent, malgré elles, une nouvelle situation et un nouveau mot : la dysgueusie ou l'altération du goût. Dans leur bouche, tout a mauvais goût, même l'eau. Pensez à l'aliment que vous détestez le plus… et dites-vous que tout ce que vous mangerez au déjeuner, au dîner et au souper prendra le goût horrible de cet aliment. Conséquence : des haut-le-cœur à l'idée de manger, vous perdez tout intérêt pour la nourriture, vous diminuez vos portions ou vous sautez des repas. Il arrive qu'une personne malade doive être alimentée à l'aide d'un tube naso-gastrique (du nez à l'estomac) tout simplement parce qu'elle n'arrive pas à mettre des aliments dans sa bouche tellement leur goût est insupportable.

Si les aliments ont un goût amer, métallique ou carrément désagréable, essayez :

  • Les aliments lisses et mous, qui demandent peu de mastication.
  • Les aliments liquides, plus vite avalés.
  • De préparer les aliments dans des casseroles ou des plats non métalliques (verre, fonte émaillée, plastique).
  • D'utiliser des ustensiles en plastique, en bois ou en corne pour mélanger, servir et manger.
  • D'atténuer le goût prononcé en servant les aliments froids ou à température de la pièce.
  • De sucer une menthe ou un bonbon sans sucre pour chasser le mauvais goût.

Vous n'avez pas envie de cuisiner

  • Demandez de l'aide à votre entourage
  • Achetez des repas déjà préparés, frais ou surgelés
  • Commandez au restaurant du coin
  • Faites provision de suppléments nutritionnels riches en calories et en protéines vendus sans ordonnance sous différentes formes : liquide, tablette ou crème-dessert
  • Faites appel à la popote roulante ou à un autre service offert dans votre communauté

Précieuses ressources

Trop de personnes aux prises avec le cancer omettent l'alimentation dans leur liste de priorités et mangent de moins en moins. Voici des outils pour les aider et pour inspirer leurs proches.

La Purée dans tous ses états, par Daniel Lavoie et Danielle Daunais, CHUM – Hôpital Notre-Dame, 2011. Une nouveauté fort attendue, écrite par deux nutritionnistes experts en radio-oncologie. On y trouve un menu équilibré d'une semaine composé de mets riches en énergie et en protéines. Environ 10 $. Pour commander ce titre, imprimer le bon de commande disponible sur le site internet du CHUM au www.chumontreal.com, section Publications et l'envoyer par la poste.

Bien s'alimenter lorsqu'on a le cancer – Guide nutritionnel. Aussi Chimiothérapie : guide pratique et Radiothérapie : guide pratique. Trois publications gratuites de la Société canadienne du cancer : www.cancer.ca. Pour une version papier, téléphonez sans frais au 1 888 939-3333.

Les meilleures recettes pendant une chimiothérapie ou une radiothérapie, José van Mil et Christine Archer-Mackenzie, Guy Saint-Jean Éditeur, 2009, 24,95 $. Les 100 recettes sont classées par texture (ex. onctueuse, tendre, croustillante, liquide). Elles peuvent paraître élaborées pour certaines personnes, mais donnent des idées de plats colorés et appétissants.

Hélène Laurendeau

Passionnée d’alimentation, de santé et de voyages gourmands, Hélène adore partager ses trouvailles avec le grand public. Diplômée en nutrition (Université de Montréal) et en épidémiologie (McGill), elle est active dans les médias depuis plus de 25 ans. À la télévision, elle fait équipe avec Ricardo depuis 2005 pour vulgariser ses connaissances avec la bonne humeur qu’on lui connaît. À la radio, Hélène collabore aussi chaque jeudi à l’émission Bien dans son assiette (Ici Radio-Canada Première). On peut également la lire dans le magazine Ricardo. Pour suivre Hélène sur les réseaux sociaux :
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