Recettes  

Survivre aux excès de table

Propice aux excès d’alcool et de nourriture, la période des fêtes amène aussi son lot de malaises digestifs. Petit guide de survie pour arriver indemne à la nouvelle année.

Vous avez trop mangé?

Qui, après s’être délecté d’un repas trop copieux, n’a pas ressenti cette sensation de lourdeur au ventre, allant même jusqu’au besoin de desserrer sa jupe ou son pantalon ? Caractéristique de la « dyspepsie » ou indigestion, ce trop-plein s’accompagne souvent d’autres inconforts : rots, douleurs abdominales, ballonnements, gaz, nausées et vomissements. Ce qu’on appelle communément « crise de foie » n’est en fait qu’une incapacité de notre système digestif à profiter pleinement des nutriments que les aliments offrent. Repas trop riches en gras, mets épicés, boissons irritantes (café, boisson gazeuse, alcool), les causes sont multiples.

Pour pallier cette congestion:

  • Mangez l-e-n-t-e-m-e-n-t.En savourant chaque bouchée, on tend à se satisfaire d’une quantité moindre de nourriture en donnant le temps au cerveau de capter les signaux de faim et de satiété envoyés par le corps.
  • Mastiquez bien. La digestion commence dès l’arrivée des aliments dans la bouche; aussi bien en profiter pour alléger la tâche de l’estomac.
  • Si c’est vous qui recevez, modérez votre enthousiasme à servir des assiettes trop généreuses.Équilibrez votre menu en accompagnant certains mets plus riches de légumes vapeur, de fruits, d’aliments non frits, etc. Outre le vin, prévoyez des pichets d’eau fraîche et des bouteilles d’eau gazéifiée pour vos convives.
  • Si vous êtes l’invité, n’hésitez pas à demander de plus petites portions, quitte à y revenir (cette phrase fait toujours plaisir à votre hôte).

Pour diminuer rots, ballonements et gaz:

  • Laissez tomber paille, gomme, eau pétillante et boissons gazeuses qui vous font avaler de l’air inutilement.
  • Comme les gaz naissent de la fermentation d’aliments riches en glucides dans le côlon, observez lesquels vous affectent parmi les légumineuses, les crucifères (chou, brocoli, chou-fleur…), les desserts et boissons sucrés ou édulcorés (diète). Évitez-les ou consommez-les avec parcimonie.

Tanné d'avoir la nausée?

  • Arrêtez l’alcool.
  • Éloignez-vous des odeurs fortes d’aliments (fritures, fromages, épices) ou de parfums. Une bonne façon: aller marcher dehors si vous en avez la force.
  • Essayez le gingembre. Vous pouvez en infuser 15 ml (1 c. à soupe), frais ou séché, dans 250 ml (1 tasse d’eau) ou l’essayer en comprimés. Son efficacité est prouvée. Sur le marché depuis près de cinq ans, les comprimés avec gingembre commercialisés par Gravol ne provoquent ni effet secondaire ni somnolence, selon le pharmacien-conseil - Benoît Favreau.

Croyance: Pour mieux digérer, mangez de l’artichaut.

FAUX. Ce n’est pas le légume que l’on mange habituellement en vinaigrette ou les fonds d’artichauts qui possèdent les vertus digestives, mais plutôt les feuilles… que l’on ne mange pas ! Pris sous forme de tisane, de comprimés, de capsules ou d’ampoules, l’extrait de feuilles d’artichaut favorise la sécrétion de bile, aidant ainsi à digérer les aliments, en plus de diminuer les flatulences. Pour obtenir le meilleur résultat, le pharmacien-conseil Benoît Favreau recommande les ampoules à boire, dont l’absorption est la plus rapide.

Et les produits de santé naturelle?

La menthe poivrée, le curcuma et le chardon-Marie comptent parmi ceux reconnus par l’Organisation mondiale de la santé et la Commission E allemande pour soulager les troubles digestifs. Avant d’en faire provision, consultez votre pharmacien pour vérifier si ces produits vous conviennent.

Vous avez trop bu?

Vous avez sauté les bouchées pour plonger directement dans le punch de bienvenue de l’oncle Gaston, avant de poursuivre avec les bulles d’occasion. Puis la robe et le nez du vin ont eu raison de votre palais. Sans oublier le porto avec les fromages et le petit verre de spiritueux pour faire passer le tout. Résultat: la gueule de bois vous frappe.

Deux éléments sont fautifs : la quantité ingurgitée et le mélange de différents alcools. Mal de tête, nausées, vomissements, diarrhée, tremblements, fatigue sont quelques-uns des symptômes qui nous assaillent le lendemain de ces veilles où l’alcool coulait à flots.

Pour vous remettre sur pied

  • Buvez beaucoup : eau nature ou aromatisée, jus de tomate,bouillon léger de poulet ou de bœuf, tisane.
  • Privilégiez les aliments faciles à digérer et peu acides(légumes, fruits non citrins, riz, soupe aux nouilles…). Laissez de côté ceux qui alourdissent le travail du foie (viandes, charcuteries, agrumes et leur jus, café, fromage…).
  • Pour alléger vos maux de tête, optez pour l’ibuprofène (Advil), moins dur pour l’estomac que l’acide acétylsalicylique (Aspirine) et moins stimulant pour le foie que l’acétaminophène (Tylenol).
  • Ne recourez pas à la méthode romaine, le vomissement, puisqu’elle entraîne généralement plus de mal que de bien, particulièrement si on l’utilise à répétition.
  • Reposez-vous ! Tamisez les lumières, éloignez-vous du bruit et laissez planer les grands questionnements métaphysiques qui surgissent les lendemains de veille…!

La prochaine fois...

  • Mangez ! La présence d’aliments dans l’estomac ralentit la vitesse d’absorption de l’alcool. La cuillère à soupe d’huile végétale ou de beurre d’arachide ne fait pas de tort, mais elle ne « tapisse » pas l’estomac. Quelques dés de fromage ou des crudités trempées dans de l’hummus constituent de bonnes solutions pour éviter de boire le ventre vide.
  • Diluez votre consommation d’alcool en alternant avec d’autres liquides non alcoolisés (eau minérale ou plate, jus, café, thé, tisane) ou désalcoolisés (ex. : bière 0,5%).
  • Allez-y doucement sur les grignotines salées, qui donnent soif et incitent à boire.
  • Buvez lentement, en déposant votre verre entre les gorgées.
  • Une fois la fête terminée, n’oubliez pas d’avaler un grand verre d’eau avant le coucher.

Croyance: En fin de soirée, prendre un café vous fera dégriser.

FAUX. Pour que l’ivresse s’estompe, le foie doit dégrader l’alcool. Il doit travailler une heure pour annuler l’effet d’une consommation: une bière, un verre de vin, un verre de vin muté, comme le porto (85 ml/3 oz), ou un spiritueux (45 ml/1 ½ oz). Ni le café ni la douche froide n’y contribuent, seulement le temps. Et attention aux cocktails mélangeant alcool et boisson énergisante, ils altèrent le jugement et masquent les facultés affaiblies. Confiez vos clés à une personne fiable, prenez un taxi ou profitez des services de raccompagnement offerts durant les Fêtes.

Vous avez trop de brûlures d'estomac?

Anticipant les excès des Fêtes, vous courez à la pharmacie acheter des médicaments antiacides pour en prévenir ou traiter les conséquences. Vous n’êtes pas seul ! Environ le tiers des Canadiens souffriraient de reflux gastro-œsophagiens ou « brûlures d’estomac ».

Généralement caractérisé par des remontées d’acide et des régurgitations, le reflux irrite l’œsophage et laisse un goût amer en bouche. Il découle d’une déficience du sphincter, un petit muscle circulaire qui règle l’ouverture entre le tube œsophagien et l’estomac. L’ulcère, pour sa part, est une véritable plaie par la douleur qu’elle cause et par sa nature. En effet, il s’agit d’une lésion sur la paroi de l’estomac ou de l’intestin habituellement causée par Helicobacter pylori, une bactérie résistante à l’acidité, ou par la prise régulière d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (Aspirine, Advil ou Motrin).

Reflux ou ulcère, les recommandations suivantes vous aideront:

  • Préférez les petits repas fréquents, dégustés lentement, qui en demandent moins à votre système digestif.
  • Selon votre sensibilité, minimisez la consommation d’aliments irritants, caféinés, gras, acides, épicés ou contenant des méthylxanthines (liquides pétillants, café, thé, chocolat, produits laitiers, charcuteries, tomates, agrumes, piment fort, cacao, cola, boissons décaféinées). Ces derniers relâchent le sphincter et, du coup, favorisent les reflux.
  • Mettez la pédale douce sur l’alcool qui augmente l’acidité de l’estomac. Si vous en buvez, grignotez quelque chose en même temps.
  • Laissez de côté les produits à la menthe poivrée ou verte qui dilatent le sphincter et favorisent les reflux.
  • Pour éviter les régurgitations et les remontées acides après avoir mangé, attendez un peu avant d’aller danser ou de vous pencher pour soulever le petit dernier.
  • Cessez de manger au moins 3 heures avant le coucher.
  • Si vous optez pour un antiacide en vente libre, demandez conseil à votre pharmacien. Vous ne devriez pas en prendre pendant plus de cinq jours consécutifs. Si vos symptômes s’aggravent, consultez votre médecin.

Croyance: Pour éviter les brûlures d’estomac, bannissez les aliments épicés.

FAUX. Certaines personnes peuvent y être sensibles, comme à d’autres types d’aliments (café, alcool), et voir leurs symptômes redoubler. Toutefois, aucune donnée scientifique n’indique qu’il faille d’emblée les éliminer. Chaque personne présente une tolérance unique aux aliments qu’elle devra explorer en y allant par petites doses.

Hélène Laurendeau

Passionnée d’alimentation, de santé et de voyages gourmands, Hélène adore partager ses trouvailles avec le grand public. Diplômée en nutrition (Université de Montréal) et en épidémiologie (McGill), elle est active dans les médias depuis plus de 25 ans. À la télévision, elle fait équipe avec Ricardo depuis 2005 pour vulgariser ses connaissances avec la bonne humeur qu’on lui connaît. À la radio, Hélène collabore aussi chaque jeudi à l’émission Bien dans son assiette (Ici Radio-Canada Première). On peut également la lire dans le magazine Ricardo. Pour suivre Hélène sur les réseaux sociaux :
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