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8 microbrasseries québécoises à découvrir sur la Route des bières

Depuis quelques étés, témoignage de l’engouement pour le tourisme brassicole, les vacanciers peuvent longer la route des bières de l’Est du Québec, qui regroupe les 18 microbrasseries établies dans la région. Lors d’un roadtrip entre Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, et Val-d’Espoir, en Gaspésie, on a parcouru des centaines de kilomètres afin d’aller à la rencontre des artisans-brasseurs. Récit d’une tournée brassicole et des endroits visités, avec une égale fascination!

Malt et Kamouraska

1. TÊTE D’ALLUMETTE, Saint-André de Kamouraska

Il est midi tapant lorsqu’on arrive dans cette maison ancestrale établie sur le bord de la 132 et transformée en microbrasserie. La serveuse nous invite à prendre place sur la terrasse, sise à l’arrière de la bâtisse. La vue y est stupéfiante. Le fleuve, qui s’élargit à mesure que l’on avance dans le Bas-Saint-Laurent, remonte le courant calmement. L’air est salin, il emplit les poumons. Autour de nous, une poignée d’estivants se mêlent aux gens du coin. Pendant la saison haute, ces derniers acceptent de partager leur spot avec la horde de touristes qui débarquent de tous les coins du Québec, et de plus en plus nombreux chaque été, avant de retrouver leurs habitudes après l’Action de grâce, une fois les vacanciers repartis en ville. Voilà qui explique l’achalandage des lieux en cette radieuse journée du mois d’août.

Tête d'allumette

Notre serveuse dépose sur la table quelques encas salés — pogos maison, saucissons du terroir, maquereau fumé — et notre flight de dégustation, le tout premier d’une longue série. Ce plateau de bois où sont encastrés quatre verres ballon d’une contenance d’environ 60 ml (2 oz) chacun est le meilleur moyen d’échantillonner, en petite quantité, les bières brassées sur place, de découvrir de nouveaux styles ou des brassins saisonniers. À la Tête d’Allumette, elles ont la particularité d’être bouillies sur feu de bois. Le goût de fumée ne se transmet pas à la bière, mais cette technique européenne ancestrale permet de caraméliser les moûts lors de la cuisson, donnant une saveur tantôt subtile, tantôt plus franche, selon la recette. Notre voyage connaît pour le moins un départ de feu.

265, route 132 ouest, Saint-André

2. AUX FOUS BRASSANT, Rivière-du-Loup

Au sujet de cette effervescence du tourisme brassicole, Frédéric Labrie, copropriétaire d’Aux Fous Brassant, un broue-pub installé dans la rue principale, en a aussi long à dire. À l’instar d’une grande majorité de ses acolytes brasseurs, il a commencé par faire des expérimentations «pour le plaisir» dans la cuisine d’un copain (l’autre «fou», Eric Viens), avant de se lancer dans les affaires avec lui, transformant son passe-temps en profession.

Ouvert depuis 2012, son sympathique troquet est vite devenu un quartier général des Louperivois. Or, il se passe «quelque chose» depuis deux ou trois étés, et les touristes font des détours pour étancher leur soif dans son établissement, raconte Frédéric en prenant une gorgée de Chien jaune, une bière dorée aux notes citronnées. «Les gens arrivent informés, ils ont des questions à poser, une liste de bières à essayer. Leurs goûts sont de plus en plus précis. Parfois, ils en savent même plus que nous!», poursuit-il.

Révolue l’époque où le client commandait indistinctement une «blonde» ou une «rousse» (une nomenclature «inventée» par Boréale au demeurant; les Québécois sont les seuls au monde à désigner une bière par sa couleur et non par son style). Aujourd’hui, les plus avertis font la différence entre une ale et une lager, distinguent une berliner weisse d’une saison, prononcent avec aplomb le terme brettanomyces (des levures sauvages) et reconnaissent les variétés de houblon (Citra, Chinook ou Simcoe?) qui entrent dans la fabrication de leur IPA. De la même façon que l’on veut connaître la provenance des aliments dans notre assiette, les initiés veulent savoir ce qu’ils boivent.

262, rue Lafontaine, Rivière-du-Loup

3. LE SECRET DES DIEUX, Pohénégamook

LE SECRET DES DIEUX

Même son de cloche au Secret des Dieux, où l’on a rendez-vous le lendemain matin. Situé au bord du lac célèbre pour son monstre marin légendaire, Ponik, ce resto-pub équipé d’une salle de brassage, est aménagé dans l’ancien presbytère du village. La microbrasserie serait-elle en voie de devenir le nouveau perron d’église? «Ce serait particulièrement vrai dans notre cas, s’exclame en riant Daniel Blier, maître brasseur et l’un des trois actionnaires de l’endroit. Même le prêtre vient prendre un verre de temps en temps!» Dès leur ouverture, en mai 2016, ils ont été emportés par une «vague gigantesque», qui les a contraints de passer de 5 à 32 employés en un an. Les touristes de passage dans cette ville de plein air sont nombreux à s’arrêter pour déguster les bières «religieusement» élaborées par Daniel... et engouffrer l’un des plats copieux sur la carte (côtes levées, entrecôte, fish and chips). Mais les gens de la région aussi ont répondu présents. Et ça, c’est sa plus grande récompense: «On est de la génération qui a vu partir ses amis. On est fiers de montrer qu’on est restés et qu’on a réussi!»

1252, chemin Guérette, Pohénégamook

4. LE MALBORD, Sainte-Anne-des-Monts

On met ensuite le cap sur la Gaspésie, où nous attend la belle bande du Malbord. Comme dans «T’es un petit Malbord, toi!», précise Thierry Lafargue, l’un des trois propriétaires, renvoyant à l’expression folklorique qui désigne les habitants de la Haute-Gaspésie. Situé aux abords du Saint-Laurent et construit dans une ancienne épicerie générale, le Malbord est vite devenu un arrêt obligé pour les gens de passage de ce côté-ci de la péninsule. L’été a été particulièrement achalandé, et les propriétaires sont les premiers surpris par cette ferveur.

Le Malbord

Ce qu’ils remarquent, c’est que ceux qui se déplacent jusqu’ici ont des attentes non seulement pour bien boire, mais aussi pour bien manger: «Avec l’ouverture du bistro, on attire autant les amateurs de bonnes bières que de bonne bouffe. Les deux repartent heureux!», se réjouit Félix Labrecque, copropriétaire. Il est vrai qu’on mange et qu’on boit bien ici. Les guédilles débordantes de crevettes, les burgers aux lanières de bœuf juteuses et les généreux nachos gratinés aux lardons sont rassasiants et accompagnent parfaitement une bière fraîche. Après consultation de l’ardoise, notre cœur balance entre une blanche bien désaltérante, Le Voile de la mariée, et une bière saisonnière disponible pour un temps limité. C’est l’un des avantages de cette tournée : on a souvent la chance de déguster des brassins exclusifs, produits en plus petite quantité, et à travers lesquels le brasseur peut davantage «s’éclater» et sortir du registre de ses bières habituelles. C’est le cas de la Phare-Est au menu ce jour-là, une gose légèrement salée aux laminaires créée en partenariat avec un cueilleur d’algues sauvages de la région.

178, 1re Avenue Ouest, Sainte-Anne-des-Monts

5. CAP GASPÉ, Gaspé

Le Malbord n’est pas le seul établissement à travailler dans cet esprit de collaboration avec les producteurs locaux. Au contraire. De la même manière qu’on voit les chefs revendiquer fièrement leur proximité avec les fournisseurs, les brasseurs sont nombreux à valoriser les ingrédients du terroir dans leurs créations.

Cap Gaspé

C’est ce que fait notamment Audrey-Anne Côté (l’une des seules femmes au Québec à manier le fourquet dans un milieu encore majoritairement masculin) dans son terrain de jeu qu’est la jeune microbrasserie Cap Gaspé, où elle n’hésite pas à tirer profit des ressources locales. Ainsi, sur la jolie terrasse bordée de plants de houblon de son salon de dégustation de Gaspé, on peut goûter à des bières tout en finesse mettant en vedette, suivant leur disponibilité, petits fruits (bleuets, framboises), baies indigènes (aronia, amélanche) et trésors du Golfe (le wakame pour ses arômes salins et iodés).

286, boulevard de York Sud, Gaspé

6. PIT CARIBOU, L’Anse-à-Beaufils

Impossible de faire une tournée brassicole de la Gaspésie sans passer par Percé, hôte de deux microbrasseries dont la réputation dépasse largement les frontières. Dès notre arrivée, Annie Tremblay (ancienne directrice de Pit Caribou), chargée de nous faire visiter les installations, nous met en garde : «Il ne nous reste plus grand-chose, on s’est fait dévaliser!» Née d’un besoin «pour la bonne bière de bonne qualité» il y a 12 ans, la microbrasserie est aujourd’hui un repaire d’habitués autant que de touristes. Son attrait est facile à comprendre: aménagée dans une ancienne usine de transformation du loup marin (c’est ici que l’on tannait les peaux de phoque), elle borde le bucolique havre de pêche de L’Anse-à-Beaufils, où il fait bon siroter au soleil l’une des options en fût ou en bouteille. «On a compris qu’il y avait un buzz quand on s’est aperçus que nos visiteurs se faisaient prendre en photo devant l’enseigne de la micro, comme si c’était le rocher Percé!», laisse tomber Annie en riant.

Pit Caribou

En tant que pionnière, Pit Caribou assume bien son rôle «de grande sœur» auprès des «jeunes» microbrasseries. Par exemple, c’est avec leur équipement qu’a été mise au point la première rousse du Malbord, et c’est sous les encouragements répétés du maître brasseur qu’Audrey-Anne a entrepris de se lancer dans l’aventure de Cap Gaspé. La notion d’entraide est centrale dans la communauté : «J’espère que tu vas retenir de ton séjour qu’on est passionnés par la bière artisanale et qu’on travaille fort pour développer notre milieu», souligne Annie.

27, rue de l’Anse, Cap-d’Espoir

7. AUVAL, Val-d’Espoir

Auval

À l’origine, Pit Caribou a été fondé par trois complices, Gilles Blanchet, Francis Joncas et Benoit Couillard. En 2015, ce dernier, voulant se consacrer à sa famille et revenir à une production à échelle plus humaine, a vendu ses parts et lancé son projet: Auval. Dans son hangar métamorphosé en laboratoire, il nous explique qu’il s’est créé un emploi «pour pouvoir aller chercher les enfants à 17 h à la garderie».Très vite, sa microbrasserie a connu un succès fulgurant. Ses bières vieillies en barriques et ses «expérimentations houblonnées» ou à base de fruits sont aujourd’hui classées parmi les meilleures au monde. Les stocks s’écoulent dans le temps de le dire, et les dépanneurs qui les tiennent se font dévaliser en quelques heures seulement. Les fans parcourent des centaines de kilomètres pour faire le plein (s’ils sont chanceux) à la boutique de sa ferme brassicole de Val-d’Espoir, loin dans les terres près de Percé, aussi bien dire au bout du monde. Il nous verse sa petite dernière, une saison d’une belle teinte rosée en raison de la présence de cerises sures (celles de son ami Gérard Mathar chez Gaspésie Sauvage — le local, toujours!).

397, route des Pères, Val-d’Espoir

8. LE NAUFRAGEUR, Carleton-sur-Mer

Le Naufrageur

Dans cette institution inaugurée en 2008, on a depuis les tout débuts «le goût du terroir», lancent les frères Valade. En témoigne (entre autres!) une gamme d’ales dites amérindiennes aromatisées de plantes comme le myrique baumier, la fleur de sureau et la tanaisie. On s’y targue également de recourir autant que possible à des grains (dont le malt) et à du houblon (l’«épice» de la bière) cultivés dans la province. «En dix ans, la réputation des produits québécois a beaucoup changé, explique Sébastien Valade. Au départ, on ne s’en vantait pas parce que c’était mal perçu. Aujourd’hui, c’est ce qui fait notre force.»

586, boulevard Perron, Carleton-sur-Mer

Le Naufrageur, houblon, route Gaspésie

Si, aux yeux des artisans brassicoles, la fabrication de bière est une passion et un savoir-faire qui engage de près ou de loin toute la communauté où l’entreprise brasse ses affaires et qui contribue à faire mousser les produits locaux, elle est aussi une expérience qui, comme dirait Benoit Couillard, se comprend dans le verre. D’ailleurs, cet artiste de formation, qui ne voit pas particulièrement l’intérêt d’intellectualiser sa pratique, est content d’entendre la photographe qui nous accompagne lui avouer avoir une sorte de «réaction physique» en goûtant à ses bières: «Ça me descend jusqu’au bout des orteils!». Voilà un compliment qu’il accepte de bon cœur. En d’autres mots, on ne veut pas le savoir, on veut le boire!

Où loger
Où manger

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RÉDACTION : MÉLANIE ROY