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Ensemble, c’est tout: le récit d’une quarantaine (la suite)

En quarantaine depuis plus d’une semaine, Caroline, directrice artistique chez RICARDO Media, témoigne de son quotidien sur les réseaux sociaux. Vous n’avez pas encore lu son premier article où elle revenait tout juste de voyage? C’est par ici.

Depuis qu’on est tous séparés, chacun dans sa maison, les réseaux sociaux sont le seul moyen d’avoir des contacts avec les autres. Aussi bien dire qu’ils sont devenus essentiels. Mais un phénomène inattendu s’est produit simultanément: ils se sont dépollués au même rythme que les canaux de Venise.

Subitement, les influenceurs vaniteux et les gens cyniques ou mesquins n’ont plus leur place dans nos feeds. Puisque la situation n’épargne personne, autant nos amis proches que les  vedettes de cinéma ressentent le besoin de partager du vrai, même si c’est un peu tout croche. Exit la couche de vernis et les beaux filtres pour rendre la réalité parfaite. Parce qu’en ce moment, les belles soupes, les sandwichs et les gros plats de pâtes qu’on se partage virtuellement prennent un tout autre sens. Ils ne veulent plus dire «Regarde comment je suis hot», mais plutôt «Je vous rassure, je vais bien, je prends soin de moi».

Et ma vie sociale n’a jamais été aussi remplie et «branchée» (c’est le cas de le dire). Je partage mes lunchs avec mes collègues sur Google Hangouts ou Zoom, je fais ensuite ma vaisselle en écoutant un jam en direct de Sofi Tukker. Je m’inspire avec les chefs d’ici (Ricardo et Danny St-Pierre) et d’ailleurs (entre autres, Massimo Bottura tous les jours avec son Kitchen Quarantine). Je danse avec Christine and the Queens, je chante sur mon balcon avec Martha Wainwright et j’ai des 5 à 7 virtuels avec des gens d’un peu partout. Cheers!

On s’arrange avec les moyens du bord: les décors, la qualité du son et les plans de caméra n’ont jamais été aussi peu importants. Les gens nous invitent chez eux, à travers la lentille de leur cellulaire, pour de petites tranches de vie remplies de créativité et d’authenticité. Comme Ricardo, par exemple, qui réalise – seul avec son trépied –, des capsules pour nous apprendre à cuisiner tartelettes portugaises, pain, crêpes, etc. C’est une joie d’aller voir en ligne qui sera le plus ingénieux aujourd’hui. En espérant que, une fois ce désastre derrière nous, on gardera cette belle générosité qui s’est développée spontanément.

Et si Mark Zuckerberg avait eu raison? On a beaucoup ri de lui et de sa fausse candeur chaque fois qu’il a voulu nous rappeler qu’il n’avait pas inventé Facebook pour faire de l’argent. «C’était pour aider les gens à connecter et à rester en contact.» Les dérives et les scandales (allo, Cambridge Analytica) ont, avec les années, bien changé notre perception des réseaux sociaux. Mais ce foutu virus a eu comme effet insoupçonné de nous ramener à l’essentiel: être ensemble, peu importe les moyens. 

Alors même si Sartre a dit que «l’enfer, c’est les autres», moi je suis plutôt #teamannagavalda: ensemble, c’est tout.

Caroline